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Les ères et les aires : pour une histoire politique désenclavée


Jean-François Sirinelli est professeur émérite à Sciences Po et président d’honneur du Comité français des sciences historiques. Il a codirigé avec
Claude Gauvard le Dictionnaire de l’historien (Puf, 2015). Il a publié récemment Génération sans pareille (Tallandier, 2016) et Les Révolutions françaises. 1958-2017 (Odile Jacob, 2017) et termine actuellement un ouvrage consacré à la Ve République.

Les ères et les aires : pour une histoire politique désenclavée

Références

Jean-François Sirinelli, « Les ères et les aires : pour une histoire politique désenclavée », Revue historique 2018/1 (n° 685), p. 167-192.
DOI 10.3917/rhis.181.0167



Dans un article publié par la Revue historique en 2011, j’observais que la reviviscence de l’histoire politique au cours des dernières décennies avait été polylocalisée dans ses centres d’impulsion, polymorphe dans ses objets et polyphonique dans ses inclinations historiographiques. En même temps, une telle diversité ne l’avait pas empêchée de demeurer à certains égards trop autocentrée : son développement ne s’était pas toujours suffisamment accompagné d’un dialogue avec les autres sciences sociales et, de surcroît, cette branche de la discipline historique ne s’était guère souciée de placer ses analyses dans des jeux d’échelles chronologiques ou spatiaux. Ainsi parfois trop repliée et faiblement multiscalaire, elle risquait, en dépit de ses brillantes percées, de demeurer très enclavée. L’article de 2011 appelait notamment, de ce fait, à prendre davantage en compte de tels jeux d’échelles. C’était également le sens, deux ans plus tard, du recueil de textes que j’ai publié sous le titre Désenclaver l’histoire aux Éditions du CNRS. L’ouvrage, du reste, se terminait par l’article de 2011 et, de manière également significative, il s’ouvrait sur une brève introduction intitulée « Le polder et l’histoire-monde » : le « polder », en d’autres termes cette histoire du temps présent qui tente de s’installer sur les plages chronologiques successivement dégagées par l’écoulement du temps, et « l’histoire-monde » dont il apparaissait nécessaire de mesurer et d’analyser l’impact sur l’histoire française (le sous-titre du livre de 2013 était Nouveaux regards sur le xxe siècle français). Sept ans après l’article de 2011, je souhaiterais donc poursuivre ici les réflexions développées alors, d’autant que celles-ci se plaçaient elles-mêmes dans le prolongement d’un article publié en 2005 dans la même revue où je plaidais, entre autres, pour un enrichissement de l’histoire politique par l’histoire culturelle, synthèse au demeurant déjà féconde depuis plus d’une décennie à cette date2. On concevra donc cette nouvelle contribution comme la pièce complémentaire d’une triade consacrée en premier lieu à l’histoire politique ainsi que comme un plaidoyer pour la poursuite3 de son désenclavement, et notamment par une meilleure prise en compte des jeux d’échelles chronologiques et spatiaux : les ères et les aires, en quelque sorte. [ lire la suite ]

Auteur(s)

Jean-François Sirinelli

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