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Parodi, Dominique

Parodi, Dominique

Fonds papier

Dominique Parodi est une incarnation du « philosophe professeur », du moraliste républicain et laïque du moment 1900 en philosophie. Acteur respecté des controverses intellectuelles de la Belle Epoque, il fut par la suite, en tant qu’Inspecteur général et membre du jury de l’agrégation, une figure influente de la communauté philosophique de l’entre-deux-guerres. Il offrira en 1935, dans En quête d’une philosophie, essais de philosophie première, un exposé de son « spiritualisme idéaliste » et « rationaliste ».
Le philosophe est né à Gênes le 2 mai 1870, de l’union de Victorine d’Aste et d’Alexandre Parodi. Ce dernier, homme de lettres italien amoureux de la langue française, fit de la France sa patrie d’élection dans le moment dramatique de la guerre de 1870. S’il n’accéda pas durablement à la notoriété escomptée, il connut un moment de gloire littéraire en 1876 grâce à Rome Vaincue, tragédie représentée au Théâtre Français et servie par l’interprétation de Sarah Bernhard.
Elève au lycée Condorcet puis à l’Ecole normale supérieure, Dominique Parodi décroche l’agrégation de philosophie en 1893. Il connaît l’exil provincial du jeune agrégé jusqu’à sa nomination à Paris où il enseigne à partir de 1905 dans différents lycées. Contrairement à la plupart de ses condisciples de l’Ecole normale supérieure, Parodi a renoncé à soutenir ses thèses. Il n’en est pas moins très intégré aux réseaux philosophiques qui se structurent au tournant du siècle : il participe ainsi activement à l’aventure intellectuelle de la Revue de métaphysique et de morale, fondée en 1893 et appartient à l’équipe réunie par Durkheim autour de l’Année Sociologique avant de prendre ses distances à l’égard du « sociologisme ».
Au tournant du siècle, Parodi prend une part active à la défense des principes démocratiques et républicains contre la pensée cléricale et réactionnaire (Traditionalisme et démocratie, 1909) et à la réflexion sur les fondements philosophiques de la morale républicaine et laïque (Le problème moral et la pensée contemporaine, 1910), réflexion qu’il poursuivra après la guerre (Les bases psychologiques de la vie morale, 1928).
En 1911, il est élu par ses pairs au Conseil supérieur de l’Instruction Publique. En 1914, âgé de 44 ans, il est mobilisable dans la réserve de l’armée territoriale mais, réformé, il est versé dans les services auxiliaires. Ses liens familiaux avec l’Italie le conduisent dans la péninsule en 1915-1916 où il est attaché au vice-consulat de France à Vintimille en qualité d’interprète avant de servir la diplomatie latine de la France, en patriote raisonné mais résolu, auprès de Julien Luchaire dans le cadre des activités de l’Institut français de Florence.
A l’automne 1916, il retrouve sa chaire au lycée Condorcet. Il est nommé peu après Inspecteur de l’Académie de Paris (1917) puis Inspecteur général de l’Instruction Publique (1919). C’est alors l’un des meilleurs cartographes du champ philosophique français (La philosophie contemporaine en France, essai de classification des doctrines, 1919).
A l’automne 1937, Parodi est admis à la retraite et prend la direction de la Revue de métaphysique et de morale succédant à son ami Elie Halévy qui vient de disparaître. A la rentrée 1939, il reprend, à sa demande, une charge d’enseignement en philosophie au lycée Saint-Louis. Dans le contexte de la naissance du régime de Vichy, il retrempe sa plume à l’encre de la République pour écrire Le problème politique et la démocratie qui ne sera publié qu’à la Libération. En 1945, il succède doublement à Léon Brunschvicg, décédé l’année précédente : au sixième fauteuil de la section de philosophie de l’Académie des sciences morales et politiques et à la présidence de la Société française de philosophie. Lorsque Parodi s’éteint à Paris le 12 novembre 1955, disparaît ainsi le dernier survivant du groupe générationnel qui, un demi-siècle plus tôt, avait fait de la Revue de métaphysique et de morale un foyer de l’idéalisme rationaliste républicain.
Parodi et son épouse, Hélène Vavin ont été au point de départ d’une lignée familiale remarquable par son engagement dans l’histoire de la République : leur fils aîné, Alexandre (1901-1979) fut haut fonctionnaire, résistant, ministre, diplomate et vice-président du Conseil d’Etat. Le fils cadet, René, paya de sa vie en 1942 son engagement dans la Résistance. Leur seconde fille, Jacqueline, épousera le ministre et conseiller d’Etat Pierre Chatenet. Leur petit-fils Jean-Luc Parodi, fils d’Alexandre, politologue, spécialiste des institutions de la Cinquième République, a longtemps dirigé la Revue française de science politique

Stéphan Soulié