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Nora, Simon

Nora, Simon

Fonds papier

Ci-contre : Michel Debré et Simon Nora, le 9 octobre 1985 dans la cour de l'ENA (40e anniversaire de l'ENA). Droits réservés.

Simon Nora 1921-2006
Simon Nora est l’un de ces grands commis de l’État qui ont joué un rôle important dans la modernisation de la France depuis 1945. Après des études de droit à Grenoble, il participe à la Résistance dans le Jura puis dans le Vercors. Il entre à l’ENA en 1945, puis à l’inspection des Finances en 1947 et en 1948 il est nommé avec Jean Serisé, qui était de la même première promotion de l’ENA, au Bureau de statistiques et d’études financières (BSEF) qui venait d’être créé et qui était dirigé par Claude Gruson, polytechnicien, proche de François Bloch-Lainé, alors directeur du Trésor. Le BSEF, qui est un véritable instrument de comptabilité et de prévision au service de la Rue de Rivoli, devient le Service des études économiques et financières, SEEF. La Commission des comptes de la Nation, constituée en février 1952 et composée de hauts fonctionnaires et d’universitaires utilise les travaux de l’INSEE et du SEEF pour préparer un rapport annuel au Gouvernement sur l’état des comptes du pays. Simon Nora en est le secrétaire général pendant que Pierre Mendès France, dont il avait suivi les enseignements à l’ENA, en est le président. Proche de Jean-Jacques Servan-Schreiber et Françoise Giroud, Simon Nora participe au lancement de L’Express très favorable à Mendès qui devient président du Conseil en juin 1954. Simon Nora et Jean Sérisé entrent à son cabinet comme conseillers techniques et chargés des dossiers économiques. Les rapports entre Mendès et Nora sont étroits comme le souligne le témoignage de celui-ci au colloque sur Pierre Mendès France organisé en 1984 par François Bédarida et Jean-Pierre Rioux : « Il y a des hommes politiques qui sont des hommes d’Etat et qui attirent ainsi les fonctionnaires : "PMF" en était un ». Simon Nora comme les autres hauts fonctionnaires mendésistes assurent la continuité alors même que Mendès se drape dans une attitude d’opposition à la Ve République.
Simon Nora est connu pour avoir remis en 1967 un rapport remarqué sur la gestion des entreprises publiques à Georges Pompidou, alors Premier ministre. On le retrouve chargé de mission auprès de Jacques Chaban-Delmas, nommé à Matignon par le Président Pompidou en 1969. Ce n’est pas un hasard s’il est, avec Jacques Delors, directement impliqué dans l’élaboration du projet réformateur de « La Nouvelle Société ». Chaban-Delmas, qui avait été ministre dans le gouvernement de Pierre Mendès France de 1954, fait toute confiance à Simon Nora qui fut chargé de la cellule économique alors que Jacques Delors était chargé de la cellule des affaires sociales. Leurs noms furent suggérés au Premier ministre par Paul Delouvrier et François Bloch-Lainé autres grands commis de l’Etat : c’est le réseau de l’Inspection des Finances et de la mouvance mendésiste qui a pleinement fonctionné. Après l’échec de la « Nouvelle Société », Simon Nora accepte d’entrer au groupe Hachette comme directeur général en 1971 et participe en 1972 au lancement du Point. Il publie avec Alain Minc en 1978 L’informatisation de la société. Directeur de l’ENA entre 1982 et 1986 il entre à la banque Shearson Lehman Hutton devenue Lehman Brothers en 1986. Il en est le président du conseil de surveillance puis du conseil d’administration jusqu’en 1995.
Marié deux fois, d’abord avec Marie-Pierre de Cossé Brissac puis avec Léone Georges-Picot qu’il a connue au cabinet Mendès en 1954, Simon Nora est mort des suites d’un cancer le 5 mars 2006. Il était le frère de l’historien Pierre Nora. Son nom est associé à celui des hauts fonctionnaires modernisateurs qui ont participé aux grandes réformes de la IVe puis de la Ve République.

Sylvie Guillaume