Skip to main content

Monnerville, Gaston

Monnerville, Gaston

Fonds papier

Une damnatio memoriae paraît accabler Gaston Monnerville. Elle semble être fondée par les mots que lui consacra le général de Gaulle dans ses Mémoires d'espoir lorsqu'il évoqua la dissolution de l'Assemblée nationale du 10 octobre 1962. Comme le prévoyait la Constitution de 1958, de Gaulle reçut pour l'occasion, les présidents des deux Chambres. La consultation de Gaston Monnerville, président du Sénat, qui exerçait ses fonctions depuis 1947, dura « deux minutes sans poignée de main ». Gaston Monnerville fut ensuite interdit d'antenne de télévision entre 1962 à 1969. Et de l'effacement des écrans, les historiens ont continué jusqu’à présent de le laisser dans la trame invisible. Pourtant l'homme, qui naquit à Cayenne en 1897 et vécut bon nonagénaire, avait pu épouser les grands mouvements de l'histoire de France au XXe en servant trois Républiques, fidèle au socle de ses convictions, au-delà des éphémérides de la vie politique et des drames de l'histoire.

Gaston Monnerville a quelque chose de granitique dans son caractère, son esprit, sa peau, à l'image des rochers noirs qui interrompent le cours des fleuves guyanais. De son enfance cayennaise au Conseil Constitutionnel, Gaston Monnerville aurait pu répéter cent fois le même discours. Oui, la France est la mère des lettres, des arts et des lois, oui la France est la terre qui engendra l'abbé Grégoire, Victor Schoelcher et Anne-Marie Javouhey. Il est l'archétype du boursier de la République qui, abandonnant la maison natale à pans de bois de Cayenne, prit pour demeure privée un appartement haussmannien dans le XVIe arrondissement et pour demeure publique le palais du Luxembourg. Il ne se passa pas un jour sans que Gaston Monnerville n'exprima sa gratitude à la mère patrie, et c'est les armes à la main qu'il participa à l‘occupation de la Ruhr et qu'il subit, comme engagé volontaire, le drame de Mers-el-Kébir. Amoureux des lettres, musicien émérite, dessinateur confirmé, orateur puissant, Gaston Monnerville n'a certes pu rivaliser dans le domaine de l'écriture avec les grands hommes d’État du XXe siècle français et le brillant avocat d'Assises qu’il fut a laissé les paroles de ses plaidoiries s'envoler et rares sont ceux qui les entendent encore.

Sa longue vie d’homme politique se partage en deux grandes périodes.
Sous la IIIe République et les premières années de la IVe République, les résultats qu'il obtint répondirent à ses convictions. Enfant de la Guyane, député de la colonie en 1932, 1936 et un court moment en 1945-1946, il régla par son action les problèmes dont souffrait la Guyane, la « Cendrillon des colonies » : fin des fraudes électorales et de la candidature officielle qui régnaient lors des élections législatives ; fin de la transportation au bagne de Guyane ; puis départementalisation de la petite mère patrie. Gaston Monnerville fit de sa terre de naissance un archétype de ce qu'il espérait faire pour toutes les colonies.
Pour vaincre la transportation au bagne de Guyane, il fallait trois qualités que possédait Gaston Monnerville. Premièrement : connaître la Guyane de l'intérieur, être de la Guyane, sentir la Guyane ; deuxièmement : connaître le droit, être un très bon juriste, avoir tous les capacités intellectuelles qu'apporte et exige un grand doctorat en droit et disposer de l'agilité de l'esprit des brillants avocats ; il fallait une troisième condition, plus décisive, plus fondamentale : appartenir au monde politique. En entrant au second ministère Chautemps, en partageant les convictions des jeunes Turcs, en se liant d'amitié avec Jean Zay et Pierre Mendès-France, il joua des subtilités de la vie parlementaire de la IIIe République pour faire passer, avec la complicité des Reynaud, Campinchi, Daladier et du président Lebrun, un décret-loi qui stipulait la fin de la transportation des forçats en Guyane. Lui, le parlementaire se joua du Parlement. Quoique le mérite de la fin de la transportation lui soit reconnue, on attribue par ailleurs à Aimé Césaire la départementalisation des Quatre Vieilles alors qu’il avait en avait ouvert la voie dès 1932, 1936 et 1945. Entre Aimé Césaire et Gaston Monnerville, il y a un chiasme existentiel qui distingue leur choix politique. Tandis que le premier retourna au « Pays Natal », le second s'enracina au Quercy. Gaston Monnerville croyait à une seule universalité : celle de la citoyenneté. A ses yeux, la langue française est la patrie, la vraie patrie, et la citoyenneté française une valeur universelle, intemporelle. Lui petit pays chaud pouvait l’incarner puisqu'il exerça la présidence du Conseil de la République, puis celle du Sénat, pendant près de dix-huit ans de 1947 à 1968.
L’avènement du général de Gaulle n'aurait pas être une source de contrariété pour Gaston Monnerville. Tous deux amoureux de la France, tous deux parangons de vertu civique, ils auraient cheminer en bonne intelligence. A la Libération, ils se rendirent de concert à la fête du Têt pour fêter le nouvel an vietnamien. Mais, on ne les vit plus par la suite marcher côte à côte, et moins encore se serrer la main. Gaston Monnerville avait approuvé la Constitution de 1958. Il vota oui au référendum donnant naissance à la Ve République. En une nuit de négociation au château de Saint-Cloud, il avait établi avec de Gaulle un accord sur deux points : le Sénat était rétabli dans ses prérogatives et la Communauté franco-africaine était fondée par le titre XII de la Constitution. L'ami de toujours de Gaston Monnerville, l'Ivoirien Houphouët-Boigny avait même contresigné la Constitution. Or que vit-on ? La Communauté franco-africaine fut dissoute et le rêve d'une citoyenneté universelle disparut à jamais. En 1969, le référendum prévoyait la mort annoncée du Sénat. En moins d'une décennie, le socle politique sur lequel s'ancraient les convictions politiques de G. Monnerville chancela. A la remise en cause d'une citoyenneté universelle et du bicamérisme, s'était ajoutée la décision du général de Gaulle de faire élire le président de la République au suffrage universel direct. Gaston Monnerville savait que toutes les grandes démocraties confiaient le pouvoir exécutif au suffrage universel indirect. Il combattit de toutes ses forces, et avec la précision de l'éminent juriste qu'il était, la réforme constitutionnelle de 1962. Il démontra que la réforme était une violation du droit, et qu'elle ouvrait le chemin de l'aventure. Gaston Monnerville perdit ce combat et ne put rien contre le géant de l'histoire qu'était le général de Gaulle.
Les archives Gaston Monnerville de Science-Po, témoignent d’un destin. Prophète en son pays jusqu’en 1946, il mena ensuite sa vie politique à Paris, sa vie d'élu de terrain sur les rives du Lot, à Cahors, terre chère à Gambetta, il conquit un mandat de conseiller général, puis celui de maire de Saint-Céré. On a aimé dire de lui qu'il fit tout à l'envers. Parti d'Amérique, il fut président du Sénat avant que d'être conseiller général, et conseiller général avant que d'être maire. Ainsi, il alla d'Ouest en Est, du haut vers le bas et dans ses convictions maçonniques du bas vers le haut. Est-ce d'avoir suivi tant de chemins contraires qui fait de Gaston Monnerville un homme politique inclassable ?

André Bendjebbar
 

Contenu du fonds

ARCHIVES GASTON MONNERVILLE
PLAN DE CLASSEMENT

 

Biographies et carrière

GM 1: Biographies de GM                                                          

GM 2 à GM 5: Jeunesse et formation, avocat, Campinchi                         

GM 6 à GM 8: Guerre , 1939-1945                                                          

GM 9 à GM 28: Outre-mer                                                                     

GM 29 à GM 30: Communauté française

GM 31 à GM 36: Révision constitutionnelle       

GM 37 à GM 49Référendums 1962, 1969, 1972, 1984, 1988        

GM 50 à GM 53: Élections présidentielles   

GM 54 à GM 56: Parti radical  

GM 57: Liberté et démocratie    

GM 58 à GM 64: LICA et droits de l’homme

GM 65 à GM 75: Conseil de la République et Sénat

GM 76 à GM 78: Conseil constitutionnel

GM 79 à GM 80: Lot

GM 81: Conseil d’université

GM 82 à GM 87: CED Europe

GM 88: Correspondance

GM 89 à GM 91: Press book

GM 92 à GM 102: Personnalités

GM 103: Colloques (communications)

GM 104 à GM 120: Discours et voyages

Écrits de GM

GM 121: Articles et préfaces GM

GM 122 à GM 141: Clemenceau, 1968

GM 142: Africains hors d’Afrique, 1972

GM 143 à GM 144: Témoignage, 1975

GM 145 à GM 156: 22 ans de présidence, 1979

GM 157: Sénat: éloge funèbres

GM 158 à GM 159: Révision Constitutionnel (suite GM 36)