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L'agenda

19
Juin.
2008

Le retour à l'intime au sortir de la guerre. De la Première Guerre mondiale à nos jours

Colloques

Dates


19 Juin.   |   20 Juin.

Présentation


Le retour à l’intime au sortir de la guerre. De la Première Guerre mondiale à nos jours

Organisateurs : Guillaume Piketty (Centre d’histoire de Sciences Po) et Bruno Cabanes (Yale University)

Le retour à l’intime des acteurs des conflitsanciens combattants et anciens résistants, prisonniers de guerre, anciens déportés, populations déplacées…reste un point aveugle de l’historiographie. Pourtant, depuis plusieurs décennies, les historiens sont exercés à étudier les formes diverses de « l’écriture de soi », à faire l’histoire des sensibilités, à dessiner les contours de l’espace privé et de l’espace public. Mais ces apports méthodologiques ne se sont pas traduits par une meilleure connaissance de la dimension intime du retour de guerre. À vocation exploratoire, ce colloque, dont les actes seront publiés, vise à recenser les sources disponibles pour écrire une histoire du retour à l’intime en sortie de guerre et à mettre en évidence les problématiques communes aux conflits du vingtième siècle, dans une perspective d’histoire comparée.

Jeudi 19 juin (9h9h30) Accueil et Introduction.

Jeudi 19 juin (9h3012h30) -
Expériences de guerre, écritures de soi et récits familiaux.

Présidence : Philippe Joutard (Université de Provence / EHESS)

Durant la période de sortie de guerre, des formes concurrentes de narration du conflit sont ébauchées par ceux qui l‘ont vécu. Les anciens combattants se plaignent souvent de l’incompréhension que leur témoignent les populations de l’arrière, arguant, dans le même temps, de l’incommunicabilité de leur expérience de guerre. Ceux qui ont eu d’autres expériences durant le conflitcelle de l’occupation, de la captivité, de la déportation, de la clandestinité, de la pénurie…bénéficient quant à eux d’une reconnaissance publique généralement moindre que celle des vétérans. Quels sont les modalités et le rôle de « l’écriture de soi » dans la mise en ordre des diverses expériences de guerre (combat, captivité, bombardement, exil…) ? Comment les enfants portent-ils la mémoire des conflits ? La « démobilisation culturelle » des sociétés d’après-guerre évolue-t-elle au même rythme que les deuils privés ? Comment l’expérience de guerre est-elle transmise de génération en génération à travers des récits familiaux ?

Manon Pignot (Université Paris X- Nanterre) : «1914-1920 : L’invention des pères »
En induisant un recours massif et généralisé à l’écriture de soi, la Grande Guerre apparaît comme un moment charnière dans l’histoire des relations familiales. Au sein d’une pratique assurément neuve, jouant pleinement son rôle de « sang des familles », pour reprendre l’expression de Michelle Perrot, c’est peut-être la relation entre les pères et leurs enfants qui se trouvent le plus fondamentalement renouvelée. Souvent pour la première fois, des hommes et leurs enfants s’écrivent. Certains soldats s’adressent même à leurs nourrissons, autrement dit, à des enfants parfois trop jeunes pour savoir lire, a fortiori pour comprendre. La révélation des pères est donc avant tout celle d’un geste : on écrit d’abord pour soi. Ces correspondances familiales nous font ainsi accéder à une nouvelle définition de la paternité ; elles mettent aussi en lumière la place du père dans les représentations enfantines pendant et après la guerre. Loin d’être monochrome, la figure paternelle peut considérablement varier, depuis l’héroïsation jusqu’à la destitution. La guerre génère ainsi un nouvel ordre familial qui, par définition, est temporaire : la sortie de guerre entraîne en effet le retour à un ordre souvent oublié, voire inconnu des enfants les plus jeunes, qui se traduit avant tout par le retour des pères dont les modalités sont plurielles et contrastées.

Odile Roynette (Université de Besançon) : « La nostalgie du front »
L’exploration des formes du retour à l’intime chez les combattants de la Grande Guerre peut-elle faire l’économie d’une réflexion sur un sentiment tellement paradoxal qu’il pourrait paraître peu décent de l’évoquer : la nostalgie du front ? Les soldats qui ont soudainement été coupés de la communauté combattante, qu’ils fussent prisonniers de guerre, blessés ou démobilisés au terme du conflit ont du, et ce avec des différences profondes dues à chacune de ces situations si spécifiques, réapprendre à vivre dans un monde autre. Certains d’entre eux, le plus souvent discrètement, ont exprimé un sentiment « d’inadaptation » qui s’est alors traduit, notamment, par une reconstruction mythifiée de la « fraternité des tranchées », porteuse d’une profonde nostalgie. Est-il possible d’aller plus loin et d’explorer ce sentiment si ambigu, si difficile à atteindre car entouré par le silence d’hommes enclins à taire un sentiment si peu dicible ? Comment parvenir à mieux cerner l’impact réel de cette émotion dans le tissu des relations sociales de l’immédiat après-guerre et dans les relations entre les hommes et les femmes ?

10h30 – 11h00 – Pause

Ethan Rundell (University of California, Berkeley) : «Témoigner, se taire : La difficulté de parole des anciens combattants français de la Première Guerre mondiale »
Dans les années qui se sont écoulées depuis la fin de la Première Guerre mondiale, le silence du combattant est devenue partie intégrale du mythe de l’expérience guerrière 14-18. Or, comme la floraison d’une littérature de témoignage dans l’après-guerre nous montre, ce silence était loin d’être absolu. Si beaucoup d’anciens combattants se doutaient du caractère partageable de leur expérience, certains ont quand même essayé de la transmettre par le moyen de l’écriture. Leur conscience de la difficulté de cette tâche – une conscience qui pouvait engendrer un sentiment de futilité – nous offre des indices importants sur la réintégration sociale et psychique de l’ancien combattant dans la société d’après-guerre.

Raphaëlle Branche (Université Paris I – Panthéon-Sorbonne) : « Clémentines et bifteck ou le retour d’un appelé d’Algérie dans sa famille »
Loin de connaître une démobilisation massive, les soldats appelés en Algérie entre 1954 et 1962 semblent avoir repris discrètement leur place dans la société française. Qu’en fut-il dans l’intimité des familles, après une absence pouvant dépasser deux années ? Réalisée de manière expérimentale a partir d’une enquête orale menée dans une large fratrie, cette communication explore les nouvelles habitudes, les infimes déplacements qui, pendant l’absence d’un soldat puis a son retour, peuvent révéler l’expérience que fut pour chaque membre de la famille (essentiellement parents, frères et sœurs) les « années algériennes » de ce fils/frère parti.

12h00 – 12h30 – Discussion générale

Jeudi 19 juin (14h00 – 17h30) - Espaces publics, espaces privés, espaces intimes en sortie de guerre.

Présidence : Alice Kaplan (Duke University)

La première question porte sur la redéfinition de la notion d’intimité en sortie de guerre. Pour beaucoup d’acteurs des conflits, notamment les combattants, le retour à l’intime passe par un réapprentissage d’une forme d’économie corporelle, une reconquête de l’image de soi, une redécouverte de l’hygiène ou de la pudeur. Pour d’autres, notamment pour les populations déplacées et pour les civils des villes bombardées ou des régions ravagées par la guerre, l’enjeu est de reconstruire un espace domestique et restaurer, de cette manière, les conditions d’une vie en temps de paix, non sans une forme de nostalgie. Le rapport entre un avant-guerre imaginaire et un après-guerre à inventer ; l’importance des photographies, des objets dans la reconstruction de l’intime ; l’évolution des pratiques de consommation en sortie de guerre : voilà quelques-unes des pistes, parmi d’autres, qui pourront être explorées. On fera aussi une place aux expériences d’invasion et d’occupation en sortie de guerre et à leur impact sur les espaces privés des populations envahies.

Carine Trévisan (Université Paris VII) : « Etranger à son corps : comment habiter un corps mutilé par l’histoire ? »
Je me propose d’examiner divers textes rendant compte de l’étrangeté de soi à soi, après l’expérience de violences historiques extrêmes, étrangeté qui ne tient pas seulement au nouvel être que l’on est devenu, mais à la modification du corps propre, souvent gravement mutilé, que l’on ne reconnaît parfois plus (dans la destruction du visage notamment) et avec lequel on entretient un rapport complexe : souci de réparation et mise à distance.
Le corpus portera sur les rescapés de 14, principalement sur les gueules cassées, mais aussi sur les survivants de la Shoah et du génocide rwandais. J’évoquerai également les torturés d’Afrique du Sud. Avec le souci de ne pas confondre tous ces textes et toutes ces périodes historiques. Il est très différent d’être mutilé à la suite d’un bombardement anonyme en 14 et à celle d’un projet d’extermination très ciblé au Rwanda.

Anne Duménil (Munich) : « L’expérience des ruines : Munich, 1945-1948 »
Entre le 10 mars 1940 et le 29 avril 1945, Munich subit 73 bombardements aériens : plus de 3 millions de projectiles s’abattent sur la ville dont Hitler avait fait un des lieux emblématique de son pouvoir, « die Hauptstadt der Bewegung », la « capitale du mouvement » national-socialiste. Si, sur l’échelle des destructions subies par les métropoles allemandes, Munich se place en situation intermédiaire, le centre-ville est durement touché. Sur les 60 000 bâtiments de la vieille ville, seuls 1300 sont intacts. En mai 1945, 300 000 sinistrés ont perdu leur logement alors que la ville reçoit près de 60 000 réfugiés. Plusieurs des monuments emblématiques de l’ancienne capitale des Wittelsbach sont anéantis. 5 millions de mètres cubes de décombres seront dégagés par les habitants entre 1945 et 1948 !
Cette communication tentera d’explorer les dimensions intimes de cette expérience des ruines dans une ville vaincue et occupée. Si la perte de la maison est clairement identifiée comme une des « étiologies traumatisantes de la guerre » (Louis Crocq), qu’en est-il de la perte des repères spatiaux et identitaires inscrits dans la structure de la ville et ses paysages ? Quelles sont, pour l’individu, les significations attachées à la destruction d’un espace jadis familier et banal, bouleversé par l’intrusion brutale de la violence mais au sein duquel s’agence aussi un certain retour à la normale ? En ces temps de sortie de guerre, avant les travaux de déblaiement et de reconstruction, qu’en est-il de l’expérience sensorielle des ruines ? Si domine la composante visuelle de la confrontation au spectacle de la destruction – photographies et dessins s’inscrivent ici dans une esthétique reliant espace physique et rapport symbolique au temps –, qu’en est-il des autres dimensions ? Toucher les ruines, notamment lors des travaux de déblaiement, jouer dans les gravats – souvenir si souvent évoqué des enfances de la sortie de guerre –, circuler péniblement dans un espace qui, avant-guerre, était par excellence le lieu de déploiement et d’accélération des mobilités : autant de modalités d’une expérience corporelle des ruines que l’on voudrait tenter d’explorer. En quoi, enfin, les ruines médiatisent-t-elles la construction de la mémoire de la destruction et de la perte, entre oubli et remémoration ? Evacuer les décombres permet-il d’oublier?

Daniel Cohen (Rice University, Houston) : « Un espace domestique d’après-guerre : le camp de « personnes déplacées» dans l’Allemagne occupée”
Pour des millions d’Européens au printemps 1945, la sortie de guerre est synonyme d’entrée massive dans un univers particulier : celui des camps de personnes déplacées bâtis à la hâte en Allemagne occidentale par les armées d’occupation et successivement administrés par deux organisations internationales: UNRRA (1943-1947) et IRO (1947-1952). Image honnie de la seconde guerre mondiale, le « camp » se transforme alors en espace domestique rigoureusement aménagé par l’humanitaire d’après-guerre. C’est d’ailleurs dans cet environnement scientifiquement parcellisé que de nombreux réfugiés redécouvrent l’intime : l’extraordinaire « baby-boom » au sein des camps de rescapés juifs en est une indication.
Espace institutionnalisé, le « DP camp » est également revendiqué comme lieu de normalisation par les individus qui y sont regroupés, le plus souvent selon leur appartenance ethnique ou nationale. Pour le « dernier million » de réfugiés juifs, polonais, ukrainiens et baltes (souvent anciens internés en camp de concentration ou de travail qui refusent le rapatriement vers leurs pays d’origine), les « assembly centers » permettent un retour, précaire certes, à des conditions de vie proches de la normalité. Domiciles individuels, les camps font également œuvre de foyers nationaux qui favorisent l’éclosion d’un fort sentiment d’appartenance à la nation en exil. Réincarnation de « l’univers concentrationnaire » aux yeux de nombreux observateurs (français) de la vie des réfugiés en Allemagne, le « DP camp » humanise pourtant la condition de personne déplacée. Etat d’exception humanitaire, il est l’un des symboles les plus forts de la transition, ardue et complexe, entre guerre et paix dans l’après-guerre européen.

15h30 – 16h00 - Pause.

Beate Fieseler (Heinrich-Heine-Universität, Düsseldorf) : « From "lost generation" to beneficiaries of social policy? The war disabled in the Soviet Union, 1945–1964”
With regard to human costs the “Great patriotic War” confronted the Soviet regime with a dreadful lasting legacy: several million soldiers returned home from the battlefields severely wounded, chronically ill or handicapped. They seldom brought home medals, money or booty, but awkward wooden limbs as their only spoils of war. However, the post-war period was not the time for healing the wounds of war. Instead, popular/personal needs of coming to terms with the experience of war were sacrificed for the Soviet future as superpower. Accordingly, official propaganda and state policy did not focus on the past, but encouraged people to carry on regardless. The majority of state investments were used for the needs of heavy industry, not for social policy. Thus, even the war disabled with severe physical injuries had to face to task of reconstruction and to join the workforce immediately, often without receiving any retraining programs, medical rehabilitation or suitable prostheses. Instead, re-inclusion into the workforce was considered as the best overall remedy with regard to the reconstruction of masculinity/disabled bodies.
A remarkable change in policy came about with the reforms of Stalin’s successors who relied on other than terroristic means to mobilize society. Khrushchev in particular sought to legitimize Soviet power by taking more seriously popular consumption needs and demands for social security. The war disabled also benefited from the new economic course as well as from the ideological relaxation during the “Thaw”, which allowed for the organization of the “Soviet Committee of War Veterans” in the fall of 1956.
Relying on archival material from central Russian archives the paper will address the question of social policy of the Soviet stated towards the disabled victims of war and ask for elements of continuity and change with regard to ideas, representations, social practices and popular expectations.

Guillaume Piketty (Centre d’histoire de Sciences Po) : « De la clandestinité au grand jour : l’identité résistante en question. »
Dans le livre La mémoire courte qu’il publia en 1953, Jean Cassou affirma : « Pour chaque résistant, la Résistance a été une façon de vivre, un style de vie, la vie inventée. Aussi demeure-t-elle dans son souvenir comme une période d’une nature unique, hétérogène à toute autre réalité, sans communication et incommunicable, presque un songe ». A la Libération, quelles qu’aient pu être la durée et les modalités de leur parcours en résistance, les combattants de l’ombre durent se déprendre de cette « façon de vivre » pour en retrouver – ou en inventer – une autre. Pour certains d’entre eux, la reprise d’une « vie au grand jour » s’avéra même une « épreuve redoutable » (Pierre Emmanuel).
Cette communication voudrait examiner le rapport entre clandestinité et identité(s) au sortir de l’expérience résistante. En d'autres termes, comment se reconstruit-on une identité après en avoir forgé une autre, voire plusieurs autres, au sein de l’armée des ombres ? Sans préjuger d’éventuels infléchissements qui découleraient du travail d’élaboration, quelques thèmes seront plus particulièrement privilégiés. Poursuite éventuelle de pratiques nées de la clandestinité telles que le goût de la dissimulation et du secret, du cloisonnement et peut-être du déguisement ? Modification du rapport intime à l’espace et au temps – par exemple, quelle transformation de la géographie intime a entraîné l'habitude retrouvée de circuler au grand jour ? Devenir de la tension et de la peur nées de l’acte de résister – et donc aussi éventuelles évolutions pathologiques comme la mythomanie ou la paranoïa. Survivance possible, le cas échéant officielle, du ou des nom(s) de résistance. Persistance de l’identité résistante à travers la fraternité des anciens combattants de l’ombre, par le truchement de codes et de rituels, de hiérarchies discrètement maintenues, et par-delà les différences et les clivages revenus avec la paix ou surgis avec elle – songeons à la mise à jour après guerre de réseaux dont chaque membre n'avait, pendant l'Occupation, qu'une vision limitée. En corollaire, présence de la mort et des morts parmi les vivants, « les morts encore un peu vivants, les vivants déjà un peu morts » (Emmanuel d’Astier de la Vigerie), et travail de deuil.
La plupart de ces thèmes ont été peu évoqués par les acteurs au sortir de la guerre. Par pudeur, parce qu’il n’était pas d’usage d’en parler ou tout simplement parce que les questions ne furent pas posées. Ce sont donc des bribes qu’il faudra chercher. Dans les documents, éventuellement intimes, rédigés par certains résistants à la Libération et dans les mois qui suivirent. Aux marges des témoignages recueillis auprès d’eux, notamment dans le cadre des travaux de la Commission d’histoire de l’occupation et de la libération de la France (CHOLF) et du Comité d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale (CH2GM). Dans les publications clandestines apparues au grand jour à la Libération et qui survécurent tant bien que mal. Dans les souvenirs que quelques-uns des combattants de l’ombre couchèrent sur le papier plus ou moins longtemps après la guerre.

17h00 – 17h30 – Discussion générale

Vendredi 20 juin (9h – 12h) – L’avenir de la violence.

Présidence : Stéphane Audoin-Rouzeau (EHESS, Paris)

Le vétéran marginalisé et violent est devenu une figure majeure de l’imaginaire collectif, en particulier depuis la guerre du Vietnam. À se polariser sur lui, on risque d’oublier tous ceux dont le retour à la vie ordinaire se fait apparemment sans encombre. L’histoire du bonheur simple, mais aussi de l’ennui et de la banalité, que beaucoup de vétérans retrouvent en rentrant chez eux, est plus difficile à écrire que l’histoire de la souffrance. Toutefois, le retour de guerre s’accompagne incontestablement d’un retour aux normes propres à la vie civile, et parfois d’un certain nombre de transgressions. Comment l’historien peut-il évaluer l’impact de l’expérience de guerre sur la violence dans les sociétés d’après-guerre ? La notion de « brutalisation » forgée par l’historien George Mosse pour qualifier l’évolution politique des pays belligérants, notamment de l’Allemagne, au lendemain de la Grande Guerre est-elle transposable dans le domaine des comportements individuels, et pour d’autres conflits ? Dans certains contextes, pourquoi le suicide est-il choisi comme forme individuelle de « sortie de guerre » par des anciens combattants ?

Guillaume Cuchet (Université Lille III) : « La guerre et la naissance des prêtres-ouvriers. Le cas d'Henri Perrin (1914-1954). »
Les prêtres-ouvriers, dont l’historiographie a été renouvelée ces dernières années, représentent l’initiative apostolique la plus originale du courant « missionnaire » français des lendemains de la seconde guerre mondiale. Ils sont nés pendant la guerre à partir des expériences allemandes de la captivité et du Service du travail obligatoire (STO).
Henri Perrin est l’un de ces aumôniers clandestins du STO envoyés en Allemagne par l’épiscopat français en 1943. De son expérience, il a tiré un livre : Journal d’un prêtre-ouvrier en Allemagne, publié au Seuil en 1945, qui fut l’un des best-sellers religieux de l’après-guerre. Son cas montre comment la guerre a transformé existentiellement le rapport au monde ouvrier des éléments les plus avancés de l’Eglise de France. Les jeunes de sa génération ont vécu à ce moment-là des expériences humaines et spirituelles d’une telle intensité qu’ils ont eu ensuite le plus grand mal à rentrer dans les cadres de la vie ecclésiastique ordinaire. Cette impossible démobilisation spirituelle et le désir de retrouver le « climat eschatologique » de la guerre (selon ses propres mots) permettent de comprendre l’itinéraire étonnant d’un homme comme Henri Perrin : jeune routier maréchaliste en 1942 devenu patron de la CGT des barrages des Alpes en 1954, au moment de la condamnation de l’expérience par Rome.

Christian Goeschel (Birkbeck College, University of London) : «Suicide at the End of the Third Reich»
In the spring of 1945 the Third Reich went to its end in a massive wave of suicides. This paper traces the origins of the massive and unprecedented suicide wave at the end of the Third Reich in a general feeling among Germans that everything was coming to an end. My paper looks at both the macro- and micro-levels of suicide, i.e. statistics and suicide notes, from both men and women. The suicide wave had its origins in Nazi propaganda, the Nazi cult of death, and the Soviet occupation of eastern Germany and its aftermath. The suicide wave sheds light on the extent to which German society as a whole had developed an ideological commitment to the Nazis. For the masses of Germans, life had been restructured to promote an eventually suicidal war, and when this failed, the prohibition on suicide was lifted, and killing oneself became socially acceptable in a culture of suicide in defeat. To many people who committed suicide, politics, war and everyday life were not perceived as separate things, but came together in a tremendously difficult time where the boundaries between the private and the public seemed blurred. Many Germans felt a complete breakdown of norms and values, an anomie. The suicide epidemic illustrates very clearly the violent breakdown of German society in 1945 that included the collapse of moral, psychological and religious norms and values. Finally, my paper suggests a new methodology for the study of the end of war, a new social and cultural history that is firmly grounded within theory and social structures, but that also brings the individual back into history at the same time.

10h00 – 10h30 – Pause

Frank Biess (University of California, San Diego / University of Gottingen) : « Postwar Angst. The Fear of Retribution in Postwar Germany »
My contribution will focus on a specific form of German angst in postwar Germany. It manifested itself in a proliferating discourse on fear and anxiety as well as in a more specific fear of Allied retribution in the immediate postwar era. This fear was always informed by an extensive, if rarely acknowledged, sense of shame and guilt for German genocidal warfare. Given their roles as victimizers during the Nazi period and the Second World War, ordinary Germans exhibited a keen sense of the possibility of being victimized themselves. The contribution will seek to identify this fear in hyperbolic, even hysterical reactions to Allied policies of retribution, and it will demonstrate how it entered and shaped more quotidian social realities in daily life. Germans formed an “emotional community” (Barbara Rosenwein) based on fear and anxiety, and the talk will seek to elucidate the significance of this fact for the larger process of coping with total war and total defeat in both public and private lives.

Bruno Cabanes (Yale University) : « Le syndrome du survivant : histoire et usages d’une notion »
En 1964, le psychiatre William G. Niederland (1905-1993) invente le « syndrome du survivant ». Pour celui qui fut, à partir de 1953, expert psychiatre en charge de nombreuses demandes d’indemnisation de rescapés juifs de l’extermination, le diagnostic des maux dont souffrent les survivants s’inscrit dans une réflexion plus large sur les droits des victimes au sortir de la guerre. Au cours des années 1960 et 1970, les recherches de Niederland fondées sur plusieurs centaines de cas concrets s’enrichissent au contact de ses confrères Robert J. Lifton, Ulrich Venzlaff et Henry Krystal. Plus récemment, la notion de « syndrome du survivant » a été reprise par les historiens qui travaillent sur le retour des combattants ou sur l’impact des guerres du XXème siècle sur les populations civiles. En partant des archives Niederland disponibles au Leo Baeck Institute de New York, cette communication voudrait retracer l’histoire du « syndrome du survivant » et définir les conditions de son utilisation pour l’étude du retour à l’intime au sortir des conflits du vingtième siècle.

11h30 – 12h00 – Discussion générale

Vendredi 20 juin (13h30 –17h30) – Reconstructions des rapports de genre et des identités sexuées.

Présidence : Claire Andrieu (Centre d’histoire de Sciences Po)

La sortie de guerre s’accompagne enfin d’une réorganisation des rapports entre hommes et femmes, du fait notamment des mutations des sociétés pendant le conflit, de l’absence prolongée des combattants et des modes de vie radicalement différents qui ont été les leurs. Ce bouleversement des rapports de genre a été abondamment étudié dans le contexte général des sociétés d’après-guerre et de l’espace public. En ce qui concerne l’espace intime, il reste à explorer. Quel est l’impact des conflits dans la vie des couples et comment peut-on l’évaluer ? Quels discours les sociétés d’après-guerre tiennent-elles sur les rôles des hommes et des femmes, sur la sexualité, sur le rôle des pères, sur la place des enfants au sein de la famille ? Quels rapports les armées de libération ou d’occupation entretiennent-elles avec les femmes des pays étrangers ? On fera une place aux expériences dévirilisantes, comme celle des soldats mutilés ou des soldats vaincus, et à l’inverse, aux processus de « remasculinisation » à l’œuvre lors de certaines sorties de guerre.

Clémentine Vidal-Naquet (EHESS, Paris) : « Imaginer le retour. L’anticipation des retrouvailles chez les couples pendant la Grande Guerre »
Au sortir de la Grande Guerre, le retour des hommes dans leur foyer met un terme à la correspondance des couples. L’historien voit ainsi se tarir les sources dites de l’écriture de soi, majeures pour celui qui souhaite analyser la transformation des modes d’être ensemble pendant le conflit. S’il peut axer ses recherches sur les situations qui conduisent les couples devant les juges ou sur les discours construits autour du couple après la guerre, il lui est difficile de rendre compte du retour à la banalité et à l’ordinaire des relations.
L’historien est donc cantonné en dehors de la très grande majorité des demeures. Néanmoins, sans s’attaquer de front à l’intimité des couples au moment du sortir de la guerre, il peut, à partir des correspondances échangées pendant le conflit, rendre compte de la construction d’un imaginaire du retour. En effet, pour les couples séparés, le retour, espéré et attendu, constitue un « horizon d’attente ». Les couples projettent un futur commun et imaginent le retour définitif du soldat.
Dès lors, comment ont-ils imaginé le rétablissement d’une vie à deux sans guerre ? Comment ont-ils anticipé le retour du soldat au sein du foyer ? Comment ont-ils, parfois, reconsidéré leur relation amoureuse et conjugale ? Quelle idée de l’après-guerre ont-ils construit pendant le conflit ?
A partir des correspondances échangées par les couples pendant la Grande Guerre, nous rendrons compte de la construction d’un imaginaire du retour à l’intime prévu pour l’après-guerre.

Dominique Fouchard (Université Paris X - Nanterre) : «L’empreinte de la Première Guerre mondiale dans les relations de couple : ce que disent les corps»
La Première Guerre mondiale pèse au quotidien et profondément sur les rapports entre hommes et femmes au sein du couple. Le retour des hommes dans leur foyer est marqué par cette expérience plurielle de guerre dans ce qu’il y a de plus intime.
Chercher à repérer l’impact du conflit dans la vie des couples d’après-guerre nécessite de mettre à jour les tensions qui traversent le sujet et oblige à une réflexion sur le regard à porter sur les sources afin d’approcher ce qui apparaît de l’ordre de l’intime, du privé, mais qui est en même temps profondément construit par des représentations collectives. L’évidence de la singularité des relations hommes/femmes dans la vie de couple peut laisser penser que chaque couple est porteur d’un vécu unique n’autorisant pas une approche plus collective. Pourtant, et même si l’on ne peut soutenir que la guerre aurait agi uniformément sur les hommes et les femmes, la lecture des sources incite à prendre en compte le contexte mental particulier issu du conflit dessinant une toile de fond commune aux rapports intimes. Un certain nombre d’écrans semble s’interposer pour entraver le travail du chercheur. À la discrétion des acteurs et à leur pudeur, s’ajoutent le contexte particulier généré par le type de guerre qui vient d’être vécu et le poids moral pesant sur ceux qui ont survécu, rendant l’expression de la souffrance, de l’inquiétude, de la difficulté à vivre à deux ou à l’inverse du bonheur partagé, très complexe.
Approcher un tel sujet, c’est donc obligatoirement varier les angles car les sources sont à la fois discrètes, aléatoires et pléthoriques, qu’elles ne prennent sens que par leur diversité et leur croisement, et c’est aussi procéder par contournement. En effet, réfléchir à la façon, aux façons dont la guerre a marqué de son empreinte les rapports de couple, oblige à ne pas aborder la question dans son ensemble mais par le biais d’éléments constituant ces rapports et en partant à la recherche des lieux, des moments, des espaces où les hommes et les femmes ont parlé, écrit, ont laissé voir ces traces.
Aussi, cette communication s’intéressera aux maux des corps (dont la sexualité est un des champs d’expression), aux réponses et analyses de ceux qui sont confrontés à leur manifestation afin de repérer les traces de la guerre dans les rapports hommes/femmes au sein des couples.
Dans cette optique, le monde médical, qui a pour mission d’entendre et de soulager la souffrance, d’y apporter une réponse, offre des sources (thèses, ouvrages, revues) qui font parler les corps, dans leur relation à l’autre, et s’impose comme un gisement potentiel d’expression et d’analyse des relations conjugales, tant la question du corps y est bien entendu majeure, tant les pathologies pour lesquelles on consulte traduisent les traces laissées par le conflit et inscrivent les expériences de guerre dans la durée. De plus, parce que les médecins font partie de la société, qu’ils sont influencés par ce que celle-ci attend d’eux, par le rôle qu’ils y tiennent, par l’autorité morale qu’ils incarnent, ils véhiculent un discours qui permet de mieux saisir la norme sociale qui encadre les rapports de couple, autorisant ainsi une lecture élargie de l’intime, comme le confirme l’étude de sources émanant du monde juridique (thèses, revues, débats parlementaires). Les éléments surgis de l’analyse seront donc confrontés à des sources institutionnelles et à différents types d’écritures de soi (journaux intimes, mémoires, correspondances) approchés comme des témoignages permettant une entrée directe dans l’intime, autorisant une « reconnaissance » du passé et la mesure de l’impact du conflit sur les relations hommes/femmes, malgré leur diversité.

Peggy Bette (Université Lyon II) : « Quand le poilu ne revient pas : Tutelles et remariages dans les familles endeuillées au sortir de la Première Guerre mondiale (1918-1924) »
Le retour à la paix n'entraîne pas le retour de tous les combattants. Pour les foyers que le conflit a irrémédiablement privé de leur chef de famille, le défi des lendemains de guerre n'est pas de réapprendre à vivre ensemble, mais plutôt de continuer à « vivre sans »: sans époux, sans père, sans fils, sans gendre, sans frère... La sphère intime est bouleversée par le deuil et par la redéfinition des rôles et rapports intra-familiaux engendrés par la guerre.
Cette communication s'intéressera à ce deuxième phénomène en se fondant notamment sur les procès-verbaux des conseils de famille établis par le juge de paix du canton de Chinon en Indre-et-Loire entre 1918 et 1924. Ces procès-verbaux attestent des décisions prises par les conseils de famille au sujet de la tutelle des orphelins et révèlent les rapports d'autorité et de pouvoir qui existent entre les membres de la famille élargie (mère, enfants, mais aussi grands-parents, oncles, tantes, cousins). La période des hostilités n'étant pas propice à la réunion des papiers ni des personnes nécessaires au bon déroulement d'un conseil de famille, la très grande majorité des foyers endeuillés par la guerre n'ont accompli cet acte juridique qu'une fois la paix revenue. La veuve, en tant que mère et tutrice légale des enfants, est souvent obligée de convoquer le conseil de famille, et ce, à deux occasions principalement: à la suite du décès du père pour que soit désigné un subrogé-tuteur et éventuellement un conseiller de tutelle (proposé par l'Office départemental des Pupilles de la Nation), et en cas de remariage pour conserver son statut de tutrice, faute de quoi elle perd automatiquement la tutelle de ses enfants. Ainsi, les procès-verbaux permettent de savoir dans quelle mesure le pouvoir de la veuve sur ses enfants, de même que son remariage éventuel, sont contestés par les autres membres de la famille. Ils permettent également d'évaluer l'intrusion et l'influence des institutions et discours publics dans les affaires privées (recours ou non à un conseiller de tutelle, acceptation ou non du remariage).
Comme n'importe quelle autre source, les actes juridiques que sont les procès-verbaux des conseils de famille proposent une vision partielle de la réalité. D'une part, ces procès-verbaux ne reportent que les décisions du conseil de famille et non les délibérations qui ont permis d'y aboutir. D'autre part, ils ne donnent à voir que la transcription légale des rapports de pouvoir et d'autorité internes à la sphère familiale et non ceux qui y prévalent de fait. Pour atténuer et compenser le plus possible ces effets de source, les conclusions tirées de l'analyse des procès-verbaux seront confrontées aux témoignages d'orphelins de guerre recueillis par le biais d'entretiens oraux ou conservés sous forme d'écrits publiés. Ces témoignages, qui donnent la parole à ceux qui ne l'avaient pas dans le conseil de famille et qui livrent un point de vue plus sensible sur l'intimité des familles après la guerre, permettront de proposer une vision plus nuancée et moins impersonnelle des bouleversements qu'a provoqués la mort du combattant dans la sphère privée.

15h00 – 15h30 – Pause

Mary Louise Roberts (University of Wisconsin) : « Le mythe du GI viril : genre et photojournalisme en France pendant la Seconde Guerre Mondiale »
L’image d’un GI américain extatique entouré de femmes françaises en pleine adoration est devenue une icône de la libération de l’Europe en 1944. Ce type d’image est si fortement inscrit dans la mémoire américaine qu’il fonctionne comme une évocation des guerres « justes » du passé. Cependant, l’image du GI contribue à la mise en œuvre d’une tromperie dérangeante. La photo de GI non seulement nie certaines vérités concernant la libération, mais neutralise également des tensions politiques complexes. Si les Normands accueillent les GIs avec joie le jour J, les problèmes ne tardent guère à apparaître. Les bombardements intensifs et les combats sur le terrain laissent des milliers de civils affamés et sans abri, tandis que l’aide est lente à venir. Les libérateurs boivent trop, font trop de bruit, conduisent leurs jeeps trop vite, prennent part à des bagarres de rue et à des vols, et poursuivent les femmes locales de leurs assiduités. Précisément au moment où leur rôle politique d’intendants de l’Europe les appelle à la « grandeur », sont proposées aux GI, et par la suite au public américain, des images photographiques qui les encouragent à se penser comme les maîtres du monde. Alors qu’ils en viennent à être perçus en termes genrés traditionnels comme des chevaliers aux brillantes armures, leur domination acquiert un caractère naturel et est assimilée à une « bonne » chose. Les normes de genre, telles qu’elles s’articulent dans les relations hétérosexuelles, contribuent par là à formuler les ambitions impériales américaines durant cette période cruciale d’un point de vue géopolitique.

Sarah Fishman (University of Houston) : « Gender, Family Life and the Return of the French Prisoners of War in 1945 : A Reconsideration »
In my 1992 book We Will Wait, which delved into the experiences of the wives of French Prisoners of War 1940-1944, my final chapter considered what happened after the POW husbands returned. Based on a series of interviews with former POW wives, some of them accompanied by their husbands, correspondence with and questionnaires from former prisoners’ wives, as well as contemporary sources from the years during and just after the war, I concluded that the experience did not profoundly alter gender norms for these families. While many couples struggled to readjust, each spouse one having been altered in significant ways by the experience, I estimated that divorce remained relatively uncommon and that most couples successfully re-adjusted within a few years. I also argued that the strength of both spouses’ desire to move on and erase the war experiences, social expectations that wives would take the lead in helping their husbands readjust, and the wives desire to cede the heavy burden of responsibilities taken on in their husbands’ absence led most wives to return to ‘traditional’ roles after the war.
I propose to revisit this question, reviewing the sources I used during the war in light of my more recent research to reconsider and nuance my conclusions. A sociological research team compiled a series of life histories of Paris area retirees, many of whom had been POW wives, in the 1970s and 1980. This data places the five years of wartime captivity into the broader perspective of lives that spanned a tumultuous twentieth-century. Second, my deeper reading in a variety of materials published in the late 1940s and early 1950s has steered me toward a new, arguably feminist interpretation of domesticity for women in the postwar era.

Atina Grossmann (Cooper Union, New York) : « Individual Reconstruction as Collective Project: Body, Family, Nation, and the Pursuit of “Normality” Among Jewish Survivors in Postwar Occupied Germany »
The paper considers the contradictions of a “retour à l’intime” among a highly ideologized population of some quarter million Jewish survivors of the Nazi Final Solution living as displaced stateless refugees in the American zone of defeated Germany. Building on the arguments in my recent book Jews, Germans, and Allies: Close Encounters in Occupied Germany, I aim to analyze further the obvious but still under-analyzed point made abundantly clear by all contemporary evidence: that after the catastrophe of the Shoah lives and identities, both individual and collective, were reconstructed -- and that reconstruction represented -- in gendered and embodied ways. Just as the persecution and murder of all Jews had been differentiated by age and gender, so too were the terms of their “life after.” For both women and men identity was remade through the rehabilitation -- and reimagining -- of gendered roles and sexed healthy bodies. I want to explore the (gender and age inflected) negotiation of competing but also inextricably interconnected desires and demands for a kind of “normality” after trauma: through 1) the rebuilding of individual gendered bodies and selves -- for example via motherhood for women or sports for men, 2) the creation of new if truncated families, and 3) the claim to proto-citizenship in an as yet non-existent Jewish nation-state in Palestine. Or, to put it another way, I’m interested in how the simultaneously intimate and public spaces of the body, the family, and Zionism all produced a discourse of “normalization” as well as “futurity” under the “abnormal” conditions of postwar refugee life.

17h00 – 17h30 – Discussion générale

Vendredi 20 juin (17h30 –18h00) – Conclusions : Bruno Cabanes (Yale University) et Guillaume Piketty (Centre d’histoire de Sciences Po).

Responsable(s)


Guillaume Piketty (Centre d'histoire de Sciences Po) et Bruno Cabanes (Yale University)

Document(s) à télécharger

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