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L'agenda

21
Jan.
2016

Du local au global / Histoire et écologie - séance 4

Séminaires

Présentation


Savoirs et gouvernement de la Terre, une histoire du géopouvoir

1. La montée en globalité des discours du bon usage de la nature à l'âge des empires, 1870-1930

Responsable(s)


Sébastien Repaire, Sabine Dullin, Mario Del Pero, Gerd-Rainer Horn, Silke Mende, Jakob Vogel

Participant(s)


Christophe BONNEUIL (Centre A Koyré, Cnrs-Ehess)

Cette communication s’inscrit dans un projet de recherche sur l’histoire d’un « géopouvoir », prenant non plus seulement les populations, mais l’ensemble de la planète et ses fonctionnements comme objet de savoir et d’intervention. Si certains –scientifiques, philosophes, géographes, historiens– ont placé cette « « planétarisation du monde » et cet « éveil » à l’interdépendance écologique globale à la fin du XXe siècle et à l’âge spatial, il nous semble plus fécond de débuter l’enquête sur le géopouvoir un siècle plus tôt. A partir du milieu du XIXe en effet, le lien déjà établi par les Lumières entre esthétique de la sphère, récits d’histoire universelle et représentation globale se reconfigure profondément sous le quadruple effet d’un bouclage technologique de la Terre (télégraphie, canaux transocéaniques, transport à vapeur, temps universel…), d’une mondialisation économique et financière, d’une concurrence impériale et de nouveaux savoirs biologiques (évolution, race, eugénisme, écologie). En témoignent de nouvelles pensées de la finitude des ressources et des espaces, de l’agir géologique humain (cf. la mention d’un « anthropozoïque » dans nombre de manuels de géologie à la fin du XIXe siècle), de nouvelles formes d’alignement des représentations du monde sur un globe naturalisé, ou encore une montée en globalité du projet conservationniste dans la gestion des forêts (comme l’illustre la parution en 1912 du livre L’exploitation rationnelle du globe).

Naît alors, à l’apogée de cet « âge des empires » une nouvelle réflexivité sur l’« achèvement » de la géographie, sur les « limites de notre cage » (Brunhes) et la clôture (MacKinder) économique et politique du monde, et sur la concurrence pour les ressources et l’espace vital. Ce moment est aussi celui de l’entrée de la vision globale dans une culture de masse (géorama, globes géants des expositions universelles, atlas…), d’une internationalisation des inventaires des ressources minérales, et une redistribution généralisée des ressources végétales et animales sur la Terre. C’est aussi le moment de l’élaboration idéologique ( Kidd, Sarraut, Lugard…) d’un droit et devoir des puissances coloniales à « mettre en valeur » le globe, dans son entièreté, de façon plus à la fois plus intensive, plus rationnelle et plus durable.

Cette communication présentera les savoirs, discours et dispositifs de la réflexivité environnementale globale et du « bon usage » de la planète à l’âge des empires. Elle s’attachera plus particulièrement à la façon dont un ensemble de pratiques techniques, de régulations et de discours relatifs aux « ressources » ont agi en opérateurs d’une montée en globalité des discours du bon usage de la nature.