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L'agenda

16
Mar.
2011

Arts et sociétés - Passion égalitaire, séance 4 avec avec Johanne Lamoureux

Séminaires

Présentation


4e séance du séminaire "Arts&Sociétés", 2010-2011

Selon Alexis de Tocqueville, « les passions industrielles » constituent une exception à la passion égalitaire de la démocratie américaine et c’est à travers elles que l’auteur entrevoit la menace imminente d’une éclosion de petites sociétés aristocratiques que favoriserait le modèle de la grande industrie. Au terme de la seconde guerre mondiale et suite à la découverte des camps d’extermination, l’identification entre l’ouvrier aliéné et la bête abattue, élaboration mainte fois réitérée dans la production littéraire et filmique depuis la parution de The Jungle (1906) d’Upton Sinclair, paraît tout à coup mal fondée et par trop métaphorique. Dans le chapitre de Mechanization takes command (1948) qu’il consacre à la mécanisation de la vie organique et à la sérialisation de la mort, Siegfried Giedion décrit les avancées technologiques qui ont rendu possible le harnachement industriel de la matière organique et inspiré à Henry Ford l’idée de la chaîne de montage : au terme d’une analyse serrée de brevets et de représentations diverses, l’auteur évoque les convois vers Auschwitz et substitue à l’ouvrier une nouvelle victime de la désubjectivation radicale : le juif. Puis, durant les dernières décennies du siècle, dans le contexte du communautarisme nord-américain, l’animal abattu en viendra à emblématiser tour à tour toutes les déclinaisons possibles de l’Autre : causes féministe, raciale, éthique, chacune d’elles a son défenseur, son argumentaire, sa bibliographie son iconographie. Parfois l’identification est étayée sur la matière-viande parfois elle se soutient de l’abattoir comme dispositif. Afin de mesurer la portée de cette reconfiguration de l’abattoir qui se dessine dans l’après-guerre, le documentaire de Georges Franju Le Sang des Bêtes (1949) offrira un contrepoint européen se fait jour, cette fois sous l’éloge apparent d’un métier a-pathique, un théâtre différent de la concurrence victimaire..

Johanne Lamoureux

Responsable(s)


Laurence Bertrand Dorléac

Participant(s)


Johanne Lamoureux est professeur titulaire au département d’histoire de l’art et d’études cinématographiques de l’Université de Montréal. Elle a longtemps contribué à la revue la revue d’art contemporain Parachute et a dirigé de 2007-2010 la revue scientifique Intermédialités. Elle a été commissaire invitée au Musée national des beaux-arts du Québec (Bio-fictions : 2000 et Doublures : 2003) et organisé avec Charlie Hill et Ian Thom, la rétrospective Emily Carr : Nouvelles Perspectives (Melva J. Dwyer Book Award : 2007) au Musée des beaux arts du Canada. Elle est l’auteur de L’art insituable, une anthologie de textes sur l’art in situ et sur la rhétorique de l’exposition, de Profession: historienne de l’art (Presses de l’Université de Montréal: 2007) et co-éditrice (avec Kristin Ross et Olivier Asselin) de The Precarious Visualities of Contemporary Art (McGill Queens: 2008). Ses travaux les plus récents portent sur les rapports entre viande et modernité et s’intéressent à l’investissement de cet emblème du matérialisme par les arts et la littérature (1865-1987).