Skip to main content

L'agenda

13
Oct.
2010

Arts et sociétés - Passion égalitaire, séance 1 avec Lucien Jaume

Séminaires

Présentation


Première séance du séminaire "Arts & Sociétés", 2010-2011

Pour Tocqueville, il y a du sens à parler de « littérature démocratique », par opposition au théâtre, au roman ou à la poésie comme incarnations des valeurs aristocratiques. En effet, dans la mesure il distingue dans De la démocratie en Amérique (1835-1840) la démocratie comme « état social » (forme de vie sociale, lieu des mœurs, des manières et des croyances) et la démocratie comme régime politique, on comprend qu’il y ait pour lui une sociologie des arts « démocratiques ». La république des Lettres (au sens de Marc Fumaroli) est bien morte, selon Tocqueville, et l’architecture, la peinture, la littérature (il ne dit rien de la musique) doivent faire face à la pression de l’égalité, au moteur de la concurrence entre les créateurs et de la visée d’un « public » ciblé comme un gibier.

La dignité (droits de l’homme, valeur de l’individu) et la petitesse de l’esprit démocratiquelittérature à l’estomac » comme on dira ensuite) se reflètent dans les arts. En fait, Tocqueville suit de près le De la littérature de Mme de Staël qui, déjà, identifiait un type démocratique de littérature et déjà comparait avec le cas américain. Chez Mme de Staël, le terme littérature désignait aussi bien l’historien et le penseur philosophe que l’écrivain, car une même forme d’esprit, pour elle, irrigue les créations d’une société donnée. Tocqueville se montre fort critique envers les œuvres de son temps et même conservateur, comme son oncle Chateaubriand d’ailleurs : les mêmes causes (l’attachement aux valeurs de l’aristocratie et au spiritualisme chrétien) produisent les mêmes effets. A son tour, la littérature de Tocqueville, homme si soucieux du « bien écrire », est un produit de l’inquiétude démocratique !

Responsable(s)


Laurence Bertrand Dorléac

Participant(s)


 
  • Françoise MELONIO, professeur de littérature à la Sorbonne (Paris IV) et doyenne du premier cycle des études à Sciences Po
  • Lucien JAUME, philosophe, directeur de recherche au CEVIPOF

    Lucien Jaume est agrégé de philosophie, docteur d’Etat en science politique, ancien élève de François Furet, Lucien Jaume est entré au CNRS en 1989 comme directeur de recherche (CEVIPOF). Ses travaux (11 livres et quelque 150 contributions en diverses langues) ont porté sur Hobbes (théorie de l’Etat représentatif), sur les Jacobins, les droits de l’homme ; dans une deuxième période, sur le libéralisme (L’Individu effacé ou le paradoxe du libéralisme français, Fayard, 1997) ; ensuite sur l’atelier d’écriture de Tocqueville et le problème de l’autorité démocratique (Tocqueville : les sources aristocratiques de la liberté, Fayard, 2008, prix Guizot de l’Académie française) ; plus récemment, il a publié Qu’est-ce que l’esprit européen ?, ainsi que Les origines philosophiques du libéralisme, tous deux en Champs Essais chez Flammarion (janvier 2010). Membre du comité directeur de publication des Œuvres complètes de Benjamin Constant (Max Niemeyer, puis De Gruyter, 51 volumes prévus). Sujet actuel de recherche : les enjeux républicains de la fondation de la sociologie, en France, par Durkheim et son école. Il enseigne dans l’école doctorale de Sciences Po sur les questions de la légitimité politique et de l’intérêt général, comme concepts philosophiques et comme outils d’analyse (appropriés ou à réviser) de la société actuelle.

Report


Lettre du séminaire n°34

(français/anglais)

TOCQUEVILLE ET LES ARTS EN DÉMOCRATIE

  • Lucien Jaume : Les effets de l'égalité sur les arts selon Tocqueville
  • Françoise Mélonio : Des arts en démocratie

TOCQUEVILLE AND THE ARTS IN DEMOCRACY

  • Lucien Jaume : Equality’s Effects on the Arts, According to Tocqueville
  • Françoise Mélonio : On the Arts in Democracy