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Research activity

PhD students seminar / Nations in weapons


Cet atelier de doctorants trouve ses racines dans le constat que les études des phénomènes guerriers et des objets militaires irriguent un nombre croissant de champs historiques (histoire culturelle, histoire sociale, histoire politique, histoire des relations internationales, etc.). Alors même que les regards sur les armées et la guerre en tant qu’objets historiques se renouvellent au contact de différentes méthodologies, il nous a paru porteur de tenter de faire se rencontrer ces historiographies souvent parallèles. Ayant mis ces problématiques au cœur de nos travaux et de nos projets, nous nous proposons de concevoir cet atelier dans une double optique : disposer d’une structure des étudiants et de jeunes chercheurs puissent confronter leurs analyses avec des interlocuteurs spécialistes de tels sujets et permettre des débats entre des personnes qui travaillent sur des objets relatifs à l’armée mais avec des approches différentes. C’est pourquoi cet atelier dirigé par des doctorants se veut ouvert à des étudiants de Master 2 et à des enseignants du secondaire ayant réalisé des travaux sur ces thématiques.

DIVERSITE DES ARMES, DIVERSITE DES NATIONS
Les nations en armes, un révélateur du rapport des sociétés européennes aux questions militaires

Lier les armes à la nation paraît logique voire naturel dans un contexte européen une bataille, un fait d’armes, la proclamation d’un chef militaire, la formation d’une armée tiennent souvent lieu d’actes de naissance d’une nation dans nombre de récits historiques. Au-delà de son importance mémorielle, force est néanmoins de constater que la nation est un concept difficile à historiciser : complexes à dater, des conceptions de la nation très différentes coexistent en Europe et parfois se combattent. Par ailleurs, du fait d’une intégration politique et économique entre Etats de plus en plus poussée, l’idéal d’unité européenne a lié guerre et nationalisme pour en faire un même repoussoir d’un passé sanglant. Réceptacles de récits mémoriels particuliers, les guerres ont été souvent perçues dans le domaine militaire à la fois comme des crises (induites par l’usage massif de la violence à mettre en place) et des épreuves de vérité (mise à l’épreuve de la valeur d’un idéal, d’une défense de principes ou de l’efficacité d’une stratégie). En choisissant pour objet d’étude les nations en armes, le but de cet atelier est de ne pas se limiter à l’usage de la violence sur le front ou sur le champ de bataille. La perspective du combat implique aussi des idéaux, des théories, des institutions, des pouvoirs dont il serait réducteur de faire de simples instances de légitimation d’une violence potentielle : comme toute organisation sociale, une armée, même hors du temps exceptionnel de la guerre, ne peut fonctionner qu’en produisant des structures et des représentations dont les évolutions génèrent parfois des concurrences voire des tensions entre les différents acteurs de la défense. Une des dimensions comparatistes de cet atelier de doctorants portera ainsi sur les armes : les représentations du combat et les pratiques militaires varient non seulement selon la hiérarchie militaire (le caporal n’a ni les mêmes conceptions ni les mêmes perceptions que l’état-major) mais aussi selon les corps d’armée (défendre son pays ne signifie pas la même chose et ne suppose pas la même organisation selon que l’on sert sur terre, sur mer ou dans les airs).

Constatant les mutations de la nation et de la guerre, dans les mémoires comme dans les pratiques, un des enjeux de cet atelier doctoral est de permettre un éclairage sur les différentes modalités d’existence des armées nationales. Outre réfléchir à cette permanence du militaire, il importera d’étudier les ambiguïtés qui lient les sociétés aux militaires : une nation en armes est à la fois une représentation (propagande, patrimoine) et une réalité (effort de guerre, mobilisation), elle est à la fois menaçante pour l’ennemi et rassembleuse pour ses citoyens, elle exclut ses adversaires mais intègre dans une certaine mesure des étrangers… Alors que la guerre et les armées ont été considérées comme un domaine où les divisions de l’Europe ont été poussées à leur paroxysme, une attention toute particulière sera accordée à la recherche des invariants et des points communs dans les rapports des sociétés à leurs forces armées.

LES ARMEES OU L’IMPOSSIBLE EUROPE ?
Une perspective comparatiste pour confronter des thématiques liées aux questions militaires.

Sur la longue durée de la période contemporaine (XIXe – XXIe siècles), la mise en armes des nations et leurs rapports conflictuels ne peuvent se comprendre sans un regard porté à l’échelle européenne. L’atelier de doctorants se propose donc de s’inscrire résolument dans une perspective comparatiste. En effet, de fortes similitudes existent entre les pays européens, en matière de mobilisation (matérielle, morale et mémorielle), où les imaginaires sont travaillés par un idéal de domination par les armes ou par des refus de la guerre. On a souvent célébré la force de la nation par sa capacité pratiquement biologique à se battre. Les épreuves du feu, la transformation des modalités du combat, l’imbrication entre monde militaire et monde civil, les pouvoirs conférés aux militaires, le jugement moral porté sur la violence de guerre, l’apparition de l’arme atomique, amènent les sociétés européennes à questionner le phénomène guerrier et le rôle de la nation dans la guerre. Par ailleurs, les combats menés au nom de l’internationalisme, la construction européenne, mais aussi les contestations de la domination soviétique en Europe centrale et orientale, fondent un nouveau rapport de la nation aux institutions militaires et invitent à repenser les variations des liens entre refus de la guerre et oppositions au cadre national.

Les nations européennes sont impliquées collectivement dans différents types de guerre, qu’elles soient civiles, coloniales, guerre de masse ou encore Guerre Froide. La guerre est donc une donnée omniprésente du fait social dans la plupart des pays d’Europe, de façon continue au long du XXe siècle : lieu de surinvestissement des mémoires nationales, elle envahit le champ médiatique de façon durable et renouvelée. L’étude des institutions, des pratiques, des mémoires nationales, passe en conséquence par l’analyse comparée des circulations et des influences qui touchent les sociétés européennes. Parfois trop cloisonnés dans l’étude d’un cas national et d’une société précise, les chercheurs européens gagneraient à échanger leurs analyses, leurs données, leurs documents. Cet atelier se veut donc un lieu de rencontres et d’échanges autour de références, de chiffres, de concepts et de notions afin d’échapper à tout enclavement intellectuel ou géographique.

Cette perspective comparatiste implique des sujets et des objets variés, des approches et des méthodologies diverses. Une place importante sera donc consacrée à la manière d’aborder la complexité des objets, d’interroger et d’exploiter les sources, de souligner des apports historiographiques. Bien qu’historiens de formation, nous souhaitons intégrer à ce projet un aspect pluridisciplinaire. Parce que les autres disciplines amènent des éclairages différents sur de telles thématiques, questions et réflexions permettront à certains de trouver leur voie, à d’autres d’en explorer de nouvelles. En faisant appel à des intervenants venus d’horizons académiques différents, cet atelier sur les nations en armes se donne pour projet de croiser et de confronter différents outils méthodologiques. Derrière cette ambition, il permettra d’aborder les questions très concrètes qui se présentent à quiconque travaille sur ces thématiques (étude des représentations, analyse des discours et des écrits, constitution de bases de données, accès aux sources, comptabilisation des combattants, etc.).

 thématique 2011 – 2012 :
« ALTERITES ET MILITAIRES »

La thématique proposée pour cette première année est celle d’« altérités et militaires », au sens il s’agit de réfléchir à l’Autre qui n’est pas l’ennemi. L’ennemi étant en effet une donnée structurante du phénomène guerrier, l’altérité a été souvent liée à la conflictualité dans le cadre de l’étude des conflits. Toutefois réfléchir aux relations entre l’altérité dans ses diverses formes et les institutions militaires apparaît porteur dans le cadre des nations en armes. Les armes sont en effet un moyen de distinction pour les militaires : alors que l’institution militaire prétend incarner l’ensemble de la nation, l’usage de la violence (potentiel ou réel) implique des usages, des organisations et des légitimités différentes de celles des autres nationaux. Par ailleurs les armées européennes ont toutes au cours du XXe siècle été confrontées aux défis posés par la question de l’altérité : que signifie pour des organisations militaires qui disposent de traditions et de codes préétablis intégrer et exclure ? Quelle place accorder dans des dispositifs guerriers à des étrangers qui combattent dans un même but? Que devient l’idéal d’unité nationale face à l’ennemi dans une armée marquée par des différences linguistiques, religieuses ou juridiques ? Les combattants et ceux qui les dirigent ont-ils le monopole de la défense de la nation ?
A travers ces interrogations, cette thématique permettra d’aborder un aspect méthodologique complexe : la délimitation du monde combattant. Alors que le prisme militaire conduit à penser la guerre comme l’action de ceux qui servent dans les armées, on remarque que les civils, les pouvoirs politiques et économiques, les autorités publiques ou morales revendiquent aussi leur part d’action dans le combat, action qui souvent ne prend pas la forme de la violence des armes. En plaçant ce sujet au cœur de nos réflexions, il s’agira donc de s’intéresser aux catégories des sociétés auxquelles se heurte l’idéal de la nation en armes.