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20
Juin.
2019

Appel à communication | Penser, dépenser et dispenser l'argent en institutions

Appels à candidature

PENSER, DÉPENSER ET DISPENSER L’ARGENT EN INSTITUTIONS
(EUROPE, XVIIIe-XXe SIÈCLES – 15 NOV. 2019)


Cette journée d’étude s’inscrit dans le cadre des travaux menés par le Groupe de recherche sur les institutions disciplinaires (GRID). Ce groupe réunit des chercheur.es spécialistes de l’armée, de l’asile, de l’école, de l’hôpital, de l’hospice, du service social et de la prison et s’efforce de penser ensemble des expériences institutionnelles étudiées jusque-là indépendamment les unes des autres. La comparaison entre institutions invite à dépasser une histoire écrite en fonction de leurs finalités respectives, à mettre en résonance des configurations institutionnelles inscrites dans des contextes politiques variés et à penser le temps long de l’histoire des populations prises en charge temporairement ou à titre définitif.
L’enjeu de cette journée est d’étudier les fonctions, les représentations et les usages de l’argent en milieux fermés. Médium de relations et de pratiques de pouvoir, facteur de différenciation sociale, mais aussi objet d’investissement symbolique de désir et d’angoisse, l’argent constitue un point d’observation privilégié des relations entre l’individu pris en charge, l’institution et la société. En posant la question de son utilisation et de ses significations, cette journée entend mettre au coeur de l’analyse un aspect plus souvent esquissé qu’étudié de l’histoire des institutions disciplinaires : celui de leur fonctionnement et de leurs dynamiques économiques. En ce sens, elle constitue le premier jalon d’un travail au long cours sur les circulations économiques, le travail et la consommation en institutions.

 

AXE 1. L’ARGENT DES ADMINISTRES :  UN ENJEU DE CONTROLE INSTITUTIONNEL
En articulant l’analyse des dispositifs institutionnels créés pour contrôler et organiser les usages de l’argent avec celle des valeurs morales et des significations sociales qui lui sont associées, il s’agira d’interroger la façon dont sont ordonnées les transactions monétaires intra et extra-muros. Ce premier questionnement sur l’aspect règlementaire qui entoure les usages de l’argent permettra ainsi de comparer les mesures mises en place pour administrer et contrôler les circulations d’argent entre les administrations et les individus pris en charge, mais aussi entre les institué.es eux-mêmes et entre ces derniers et leurs familles.

L’intérêt pour ces dispositifs de régulation permet également d’ouvrir l’analyse au-delà des murs des institutions. L’entrée en institution engendre une contrainte forte sur la gestion des finances personnelles, voire une suspension de jure ou de facto de cette gestion. On peut donc s’interroger sur les contraintes que fait peser l’institutionnalisation sur la gestion des biens personnels et sur les types d’arrangements individuels et familiaux qui permettent d’y faire face. Dans ces vies sous tutelle, y compris sur le plan juridique, de quelles marges de manoeuvre et de quelles libertés économiques les populations instituées bénéficient-elles ?

Ce premier axe peut enfin être l’occasion de réfléchir aux valeurs et vertus, mais aussi aux dangers attribués à l’argent dans ces espaces clos, qui sont souvent aussi des espaces productifs et des espaces de travail. Quels sont les discours de justification déployés autour de l’argent ? Moraliser, responsabiliser, éduquer, rétribuer, gratifier mais aussi priver, sanctionner ou cantonner à une place subalterne : les fonctions accordées à l’argent peuvent entrer en tension ou en contradiction. Dans quelle mesure l’argent est-il pensé comme un agent de guérison ou de punition à l’hôpital psychiatrique ? Comment l’argent en prison est-il pris dans une tension entre la rétribution du travail carcéral et la moralisation du prisonnier ? Pourquoi l’argent est-il accusé de propager la corruption et de mettre en péril la discipline militaire ? La finalité de chaque institution définit-elle un rapport particulier à l’argent ?

 

AXE 2. USAGES ET ECHANGES MONÉTAIRES
Un deuxième axe invite à étudier les manières dont circule l’argent dans les institutions disciplinaires. L’argent passe-t-il de poche en poche et de main en main, ou est-il banni de la vie collective et reporté sur des livrets ? L’importance de sa présence matérielle distingue-t-elle les institutions entre elles ? Cette journée devrait dès lors inciter à être attentif aux formes d’échange, de réclamation et de distribution d’argent, depuis la solde des militaires jusqu’à l’argent de poche distribué aux jeunes pensionnaires des maisons de correction, en passant par le pécule des aliénés travailleurs et par les secours exceptionnels réclamés par les prisonniers à l’administration pénitentiaire.

S’intéresser aux usages de l’argent, c’est aussi s’intéresser aux stratégies déployées par les administrés au sein de l’institution pour satisfaire leurs besoins, leurs envies, tout en composant avec le cadre normatif restrictif imposé par l’administration. Cette journée invite à s’interroger sur les pratiques concrètes de gain d’argent, de dépenses, d’épargne, et ce que nous disent ces pratiques du rapport à l’argent. L’épargne, souvent encouragée par les agents institutionnels, fait-elle l’objet d’une réappropriation de la part des administrés eux-mêmes ? À l’inverse, les pratiques de dépenses et d’échanges monétaires doivent-elles être forcément perçues comme des formes de résistance aux règles institutionnelles ou s’inscrivent-elles dans d’autres logiques ? L’étude des circulations monétaires conduit également à confronter les circuits formels et informels de l’argent. Ces dernières transactions font-elles l’objet de négociations, d’arrangements pratiques ou de contournements des interdits ?

Enfin, prendre les usages de l’argent comme objet n’est pas anodin : il s’agit de s’intéresser à la manipulation d’un outil symbole par excellence du pouvoir et du possible. Les administrés aux poches les plus remplies sont-ils aussi les plus influents parmi leurs pairs ? Peuvent-ils négocier certains privilèges vis-à-vis de l’administration ? L’analyse pourra aussi conduire à intégrer les usages de l’argent des agents institutionnels eux-mêmes : quelles sont les personnes autorisées à manipuler de l’argent dans ces administrations ? Quelle influence le contact avec la monnaie trébuchante ou les comptes de pécule donnet- il dans la vie institutionnelle ? D’une manière générale, il s’agit donc de se demander comment ces circulations contribuent à produire des rapports sociaux entre les murs.

 

AXE 3. LE SOUCI DE L’ARGENT
Un troisième et dernier axe consiste à analyser les formes d’occupation et de préoccupation que l’argent crée tant pour le personnel qui en a la charge (les comptables, les commis aux écritures ou les greffiers) que pour les populations instituées. En d’autres termes, nous aimerions réfléchir à la place qu’occupe l’argent dans la vie, dans les esprits et dans les poches des prisonnier.es, des soldats, des malades, des pensionnaires et des reclus.es. Cette perspective offre des pistes diverses. Comment l’argent est-il utilisé ? Quelle(s) valeur(s) les individus enfermés et les agents chargés de les gérer lui accordent-ils ? Le souci de l’argent est-il la chose la mieux partagée en institution ? Ou faut-il plutôt considérer que les statuts socio-économiques des institué.es dessinent un gradient de préoccupations monétaires, allant de la sécurité à l’indigence en passant par l’intranquillité financière ?.

Prendre au sérieux l’argent comme préoccupation permettra aussi de voir dans quelle mesure les petits tracas d’argent, la crainte d’en manquer, l’angoisse d’être volé occupent une grande partie de la vie quotidienne des populations en institution. Au-delà du strict rapport comptable à l’argent, cette journée cherche aussi à questionner les peurs et les fantasmes qui accompagnent et structurent le rapport à l’argent dans ces espaces collectifs, et, pour beaucoup d’entre eux, coercitifs. L’enfermement et la vie communautaire alimentent-ils des représentations spécifiques du vol, de la pauvreté ou de la richesse ? Pourquoi les vieux pensionnaires des hospices passent-ils une grande partie de leur temps à compter leur argent ? Comment les prisonniers réagissent-ils à la dette que constituent les frais de justice à leur entrée en prison ? L’argent occupe-t-il une place particulière dans les nosologies psychiatriques ? Chercher à saisir où et comment s’expriment les imaginaires de l’argent, de celui qu’on gagne à celui qui fait défaut, constitue une piste importante pour comparer la place des questions économiques dans la vie quotidienne des populations instituées ainsi que celle des fantasmes dans ces univers clos.

À travers cette journée, nous invitons en définitive les chercheur.es à faire une plongée ethnographique dans les formes qu’empruntent les échanges pécuniaires tout autant qu’une analyse des pécules et de leurs usages, une immersion dans les imaginaires de l’argent en institution aussi bien qu’une étude des trajectoires économiques des individus.
 

Modalités de soumission et calendrier

Les propositions de communication (2000 signes max., espaces compris) sont à adresser avant le 20 juin 2019 à l’adresse suivante : contact.grid.recherche@gmail.com. Elles devront être transmises avec le nom, l’affiliation institutionnelle et les coordonnées de leurs auteur.es. La journée d’étude est ouverte aux historien.nes des époques modernes et contemporaines, ainsi qu’aux sociologues.

Le comité répondra aux auteurs début juillet 2019.

La journée d’étude se déroulera à Sciences Po Paris le 15 novembre 2019.

 

Comité d’organisation

Elsa Génard (Centre d’histoire du XIXe siècle –elsa.genard@gmail.com), Anatole Le Bras (Centre d’histoire de Sciences Po – anatole.lebras@sciencespo.fr), Paul Marquis (Centre d’histoire de Sciences Po – paul.marquis@sciencespo.fr), Mathilde Rossigneux-Méheust (LARHRA – mathildemeheust@yahoo.fr),
Lola Zappi (Centre d’histoire de Sciences Po – lola.zappi@sciencespo.fr ).

Cette journée est organisée avec le soutien du Centre d’histoire de Sciences Po, du LARHRA et du Centre d’histoire du XIXe siècle.
 

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