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Du local au global

Séminaire de doctorants / Identités, Etats et sociétés : Péninsule ibérique et Amérique latine, XIXe-XXe siècles

Séminaire de doctorants / Identités, Etats et sociétés : Péninsule ibérique et Amérique latine, XIXe-XXe siècles


La Batalla, volume 2, n°23, Mexico, 23 avril 1941 (page de couverture). Droits réservés

Axe 1. Mondes ibéro-américains : identités et approches transnationales : La période qui succède aux indépendances latino-américaines conduit à une reconfiguration de l’espace hispanique issu de l’effondrement la Monarchie catholique, sans pour autant mettre fin aux multiples liens qui tissent un espace encore largement transatlantique. Dans un cadre résolument transnational, l’enjeu de l’atelier serait ainsi d’étudier les multiples circulations, d’hommes et d’idées, à l’échelle de cet espace. Si les constructions étatiques contribuent à ancrer de nouvelles réalités territoriales, hommes, idées et modèles culturels débordent largement les cadres étatiques et nationaux. Ces modèles étatiques se construisent en outre largement en miroir, dans un contexte de rivalités et de coopérations, régionales ou internationales, interétatiques ou, pour l’Espagne dans les Caraïbes, en Asie du Sud-est et en Afrique du Nord, entre empires coloniaux. La question des identités sera l’une des entrées choisies pour appréhender cette thématique. Des identités en réélaboration permanente, et mobilisées par des acteurs, internationaux, nationaux ou locaux dans leur effort pour construire des projets multiples de mobilisation sociale, autour des thèmes de l’hispanité et de l’ibéro-américanisme, de l’identité nationale et du libéralisme…, ou bien, de manière plus diffuse et parfois clandestine, de luttes sociales et de visions alternatives de la communauté politique, à l’échelle fédérale, régionale ou urbaine par exemple. Envisagées sur l’ensemble de la période contemporaine, ces identités multiples, non univoques et en conflit, seront abordées à partir des acteurs sociaux qui les modèlent et s’en revendiquent, de leurs projets et de l’écho qu’elles peuvent, ou non, rencontrer dans le monde social.

Axe 2. Etats et sociétés : Prenant acte des multiples propositions théoriques qui renouvellent depuis plusieurs années la manière de faire une histoire des Etats, nous souhaiterions envisager les multiples liens qui se tissent sur la période entre formes étatiques et groupes sociaux, sans toutefois présupposer l’existence d’une frontière intangible (théorique et pratique) entre « Etat » et « société ». Il s’agirait pour cela d’envisager les sphères de l’autorité publique et les modalités de son exercice, en adoptant une approche pragmatiste de l’administration et de ses agents, dans des domaines aussi variés que l’exercice du droit, la fabrique des populations, le maintien de l’ordre public, la santé publique et les efforts de normalisation sociale, souvent autoritaires, que connaissent l’ensemble de ces sociétés dans le dernier tiers du XIXe siècle. Les formes de consentements et/ou de résistances à l’Etat devront alors être étudiées non pas seulement comme une victoire des groupes dirigeants, ou à l’inverse comme les réactions épidermiques de sociétés par nature rétives à l’étatisation, mais bien en questionnant les multiples compromis qui se tissent autour des formes et des modalités de l’autorité publique, et la manière dont les Etats en construction tentent d’instaurer des formes de négociations complexes entre des intérêts souvent divergents. Négociations qui reposent de manière périodique sur le recours à la violence, que ce soit dans les modes de confrontation avec les Etats ou entre groupes sociaux, dans la lutte matérielle et symbolique pour l’accès au pouvoir et aux ressources.

Axe 3. Les formes de la politisation dans le monde hispanique : En Amérique hispanique ou en Espagne, la politisation s’opère par des canaux variés, et repose sur une multiplicité d’acteurs locaux: partis et associations, mais aussi – et surtout ? - communautés locales, paroisses et quartiers (barrios)… assurent tout au long de la période un rôle prégnant de représentation des intérêts, qu’il ne faut pas limiter à la sphère formelle et institutionnelle de la vie politique. Le questionnement devra ainsi porter sur la multiplicité des agencements collectifs qui se constituent autour des luttes de pouvoir et de survie, que ce soit au sein des groupes dominants ou subalternes, dans les villes ou les campagnes. Si la faible structuration horizontale des intérêts des couches paysannes demeure, au moins jusqu’au début du XXe siècle, largement contrariée par le poids des oligarchies locales, qui demeurent les relais indispensables de l’étatisation et de l’intégration au territoire et aux enjeux nationaux, cela ne doit pas masquer la signification des multiples révoltes et soulèvements de la période, qui secouent de manière périodique la péninsule et l’aire ibéro-américaine. La militarisation des sociétés et le poids de la guerre civile, ou le recours à la voie armée dans la conquête du pouvoir, le trucage des procédures électorales et la corruption généralisée sont autant de faits à replacer au centre d’un terrain d’étude sur l’émergence de la modernité politique. Le modèle d’une lente transition entre Ancien Régime et libéralisme politique semble avoir été battu en brèche, par de multiples reconsidérations qui ont pour point commun de s’attacher à saisir les modernités hispaniques dans leur épaisseur historique, socio-politique et culturelle. Des sociétés « post-impériales » dont il semble donc ainsi nécessaire d’interroger les principes de hiérarchies et de stratifications, entre des modèles communs hérités de l’ère espagnole, et des divergences régionales qu’il conviendra de mettre en évidence.

Séminaire de recherche / L’épreuve des Indes: La fabrique impériale de la modernité

Séminaire de recherche / L’épreuve des Indes: La fabrique impériale de la modernité


Depuis une dizaine d’années, les cadres interprétatifs qui réglaient l’approche des savoirs en situation de « rencontre impériale » ont considérablement changé, tirant profit de toute une série de propositions historiographiques. Issu de l’histoire culturelle et voué à la comparaison de situations historiques géographiquement différenciées, le courant de l’« histoire comparée » s’est épanoui dès le début des années 1990, en réaction aussi bien à une histoire globale taillant trop large qu’à une histoire coloniale prise dans les rets du « nationalisme méthodologique ». La théorie du « terrain intermédiaire (middle ground) » (Richard White) a parallèlement permis de conceptualiser la pluralité et la complexité des scènes sociales constitutives des interactions de « premier contact ». Les approches en termes de « transferts culturels » (Michael Werner, Michel Espagne) ont également évolué, à compter de 2004, vers le projet d’une « histoire croisée » attentive au détail des sociabilités et des matérialités des conversations savantes ‘‘transnationales’’. D’autres historiens encore ont cherché à renouer ou à rouvrir un dialogue critique avec la tradition des Annales incarnée par Fernand Braudel, partisan d’une histoire du monde compartimentée en « civilisations ». Sanjay Subrahmanyam, Serge Gruzinski, Kapil Raj ont à ce titre développé une approche d’« histoire connectée » très critique à l’égard des impensés européocentristes de la world history et de la global history. Plus récemment encore, Lissa Roberts et Simon Schaffer se sont interrogés sur les possibilités narratives induites par le passage d’une approche diffusionniste des savoirs impériaux à une approche circulatoire. Cette dernière met en avant le régime social et culturel des « intermédiaires (go-betweens) » et prend pour horizon d’enquête une situation historique privilégiée : celle de la « zone contact ».

En revenant à l’occasion sur tel ou tel de ces domaines de propositions pour en préciser la portée et les limites, mais surtout en s’en nourrissant pour discuter des recherches en cours portant sur des études de cas aussi détaillées que possible, ce séminaire souhaiterait entreprendre à nouveaux frais l’étude des situations de « rencontre impériale » de l’âge moderne en prenant pour objet de l’analyse le sens ordinaire de la comparaison, et ce faisant en spécifiant les pratiques de commensurabilité propres aux acteurs de cette rencontre. Cette anthropologie historique symétrique des savoirs vise à sortir du clivage entre domaines européen et extra-européens tout comme à s’abstraire des postures plus idéologiques qu’heuristiques en matière de choix des « échelles » d’analyse (« globale », « régionale », ou « locale »). Cette problématique s’articule donc prioritairement à une réflexion sur la construction pratique des étalons et des dispositifs de mise en équivalence (monétaire, linguistique, diplomatique, etc.) qui permettent à l’ensemble des acteurs qui en sont partie prenante d’habiter le monde commun évanescent de la « rencontre impériale ». Elle rejoint par ce chemin la question du type et du mode de savoir(s) qui soutiennent la « rencontre impériale » – soit qu’ils lui préexistent et en orientent la compréhension, soit qu’ils en soient le produit et en circonscrivent ex post l’intelligibilité.

Il s’agit plus précisément, sous cette rubrique, non seulement de détailler les différents types d’épreuves élaborés par les savants pour tester et hiérarchiser les espaces-limites de la progression impériale européenne, mais aussi de rendre compte des embarras et des effrois classificatoires que suscitèrent, dans le petit monde des lettrés humanistes et des collectionneurs de « curiosités », les mots, les choses et les créatures des Indes. De fait, les confins océaniens, indiens, insulindiens ou nord-américains des entreprises impériales européennes ont joué un rôle crucial dans la critique créative de l’autorité des Anciens, et ce dans des domaines aussi divers et mouvants que la cosmographie, la botanique, le droit des nations ou l’astronomie. A cheval sur les « règnes » et les chronologies scolastiques, de nouveaux êtres de son, de chair ou de sève sont venus peupler, de façon le plus souvent tumultueuse, les glossaires des érudits et les étagères des cabinets de « curiosités ». Les conditions même de leur collecte et de leur préservation post mortem ont par surcroît fortement contribué à dicter les nouvelles modalités expérimentales de la connaissance savante. Une part de la « modernité » de ces savoirs, ou plus précisément des critères mêmes de leur définition rétrospective comme « modernes », vient ainsi de ‘‘l’épreuve des Indes’’ qu’ils ont dû subir, et qui a profondément infléchi leurs prétentions à l’universalité et à la véridicité.

Il faut, enfin, rester attentif, dans le cadre de l’analyse de ces savoirs émergents, aux diarchies urbaines qui affectent leur mise en forme et leur énonciation publique. Les conflits et la compétition entre deux villes exacerbent cet effet « capitales » en recyclant un lexique de lieux communs. Plutôt que de le considérer comme sans intérêt, il a semblé intéressant au contraire de voir comment les acteurs s’en saisissent pour dimensionner d’autres grandeurs, agrandir ou diminuer la position relative de telle ou telle valeur. Ces conflits ouvrent en effet un débat sur la « juste » mesure des valeurs légitimes, sur les « bons » critères utilisés pour estimer et indexer la « rencontre impériale » dans un grand récit recomposé de l’origine des Nations ou du devenir de l’Europe. Celle-ci apparaît au final elle-même comme une créature métisse, issue pour partie des lieux et des (non-)dits de la « rencontre impériale ». Le détour par les empires modernes n’est donc pas une manière de fétichiser les « aires culturelles », mais bien de plaider pour un usage productif du comparatisme et de la confrontation des sites d’analyse. Car réinvestir par les méthodes des sciences sociales la « première modernité » oblige à penser au plus près de ses matrices impériales la production des asymétries (entre Mythe et Histoire, entre Nature et Culture, entre Oralité et Ecriture, etc.) qui sont au principe de la fabrique du Grand Partage entre « l’Occident et le reste ».
 

Projet de recherche / Histoire commerciale de l’Allemagne du XIXe siècle à nos jours

Projet de recherche / Histoire commerciale de l’Allemagne du XIXe siècle à nos jours


Projet financé par la direction scientifique de Sciences Po, axe POLGLOB : changements d’échelle du politique dans un monde interdépendant
2011-2013



Cette recherche s’appuie sur des bases de données sur le commerce extérieur allemand progressivement constituées par Béatrice Dedinger. Base du commerce par produits (exportations et importations, données annuelles depuis 1880, sauf années de guerre et d’hyperinflation, environ 130 produits recensés) ; base du commerce par pays (exportations et importations, données annuelles depuis 1880, sauf années de guerre et d’hyperinflation, de 50 à 150 pays partenaires suivant les périodes). Les analyses sont basées sur des faits quantifiés grâce à des indicateurs statistiques calculés sur le long terme. La méthode économétrique peut être également utilisée quand la méthode statistique atteint ses limites.